Tamil Nadu (Inde) - Lutte pour les Terres Panchami

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En 1891, J.H.A Tremenheere, préfet de Chingulpet (Nord Tamil Nadu) au service de la couronne britannique, remit à l’administration coloniale un rapport détaillé sur la situation affligeante des « Pariahs » (Intouchables) ; ce rapport historique préconisa une série de réformes, qui permettrait l’accès à la terre des Intouchables, condition sine qua non de leur libération de l’état de misère, de dépendance et de quasi-esclavage perpétrés à leur encontre par les propriétaires terriens de caste hindoue, depuis plus de 2000 ans. Le 30 septembre 1892, l’administration coloniale britannique, par ordonnance gouvernementale, créa les « PANCHAMI LANDS ».
Entre 1892 et 1947, se sont près de 1,2 million d’acres (un hectare = 2,42 acres) de terres qui ont ainsi été distribués aux dalits, moyennant la condition qu’à aucun prix ces terres déclassées ne soient transférées à d’autres castes.
Ces terres Panchami ou encore « terres dépréciées », ont depuis été reprises par la force ou par la ruse par les propriétaires des hautes castes hindoues. Actuellement, dans l’État du Tamil Nadu, des preuves documentées montrent l’existence de 300 000 acres de terres dépréciées et que la plupart de ces terres sont aux mains de la caste des propriétaires hindous, une situation qui va à l’encontre des prescriptions des avocats britanniques et des ordres du département des revenus de l’État du Tamil Nadu. Indépendamment de nombreux jugements rendus par les Cours, en commençant par les tribunaux de première instance jusqu’à la Cour suprême indienne à Delhi, ont mentionnés très clairement que les terres dépréciées ne pouvaient appartenir qu’aux dalits. La situation demeure la même en raison des liens de proximité entre la caste des propriétaires fonciers hindous et la caste des leaders de l’administration.
De plus, les paysans indiens doivent de plus en plus faire face aux évictions dues à l’implantation de zones économiques spéciales (ZES). La loi sur les ZES a été votée par le gouvernement Indien en 2005. Elle permet à n’importe quel État d’acquérir des terres et de les céder à des compagnies multinationales afin qu’elles y développent leurs activités industrielles. Dans le Tamil Nadu, l’État, propriétaire de la compagnie Small Industries Promotion Corporation of Tamil Nadu (SIPCOT) et de la Tamil Nadu Industrial Development Corporation (TIDCO), s’empare des terres des petits paysans et des fermiers marginalisés, en particulier les terres Panchami et crée des banques de terre pour les remettre entres les mains des compagnies en les vendant à très bas prix.
La lutte pour les terres Panchami a été initiée le 10 octobre 1994, où lors d’une manifestation pacifique 2 dalits furent tués par la police: John THOMAS et Enumalai. Les dalits ont commencé à mettre en place des actions pour obtenir les terres dans tout le district. En 2005, la Dalits Lands Right Federation (DLRF) fut créée à partir du constat qu’il était nécessaire de regrouper les organisations dalits en lutte pour réclamer les terres de manière collective. La stratégie mise en place fut la collecte systématique des plans cadastraux prouvant une occupation illégale, la mise en place de pétitions de masses et des procès à l’encontre des occupants de hautes castes.
Face à l’absence d’action du gouvernement et du fait d’une évolution de l’accaparement des terres, l’Etat, via son agence SIPCOT devient le premier ennemi des communautés de paysans. Les organisations dalits mais également les Adivasi (tribus) et les communautés de pêcheurs ont créés en 2010 la Tamil Nadu Land Right Federation (TNLRF). Organisation unique visant à rapprocher les castes dans un objectif de lutte commune. En 2013 une nouvelle stratégie fut mise en place proposant que toutes les communautés marginalisées supportent la lutte pour la rétrocession des terres Panchami. Cette stratégie devrait permettre de créer un effet de masse afin de pressuriser le gouvernement et d’occuper les terres illégalement accaparées. Les démarches d’actions en justice devraient ainsi obtenir le soutient des communautés locales dans la lutte pour la rétrocession des terres Panchami.