Rayon Sombre

Photos
Diffraction lumineuse d’un rayon de soleil dans la paroi d’un simple verre sur le rebord de la cuisinière. Trivial du quotidien, émergence d’une idée. Beauté fragile d’un rayon placé a l’exact endroit et pas ailleurs : déformations, courbes, replis.
C’est de la vacuité dans le confinement qu’est né cette série photographique argentique. De l’évolution de nos cadres normés. D’un changement de temporalité et d’espace qui sont devenus recentrement, attente, perception différentes de soi et de l’autre. Mouvement de l’imaginaire : repli et dépli de nos pensées. Ne pas pouvoir sortir, rester cloisonné m’a amené vers un monde intérieur. Un monde asymétrique parfois riche et poétique, parfois brut et minimal. Confiné pour expérimenter. La photo comme médium, transcription d’une émotion abstraite.
La lumière est transformée, démultipliée. Le rayon de lumière noire vient percuter les imperfections du cristal, révélant une autre nature, de nouvelles directions. Une démultiplication faite de plis et replis, de courbes et d’angles. L’identité profonde et unique car non-reproductible de la lumière se révèle. Chaque tirage est unique fait d’instantanéité, d’immanence et d’imperfection : singularité de la beauté imparfaite. Le rayon se courbe, devient cercle, il s’épanouit pour laisser exprimer sa vitalité faite de caches, d’émergences, de bifurcations. Une structure apparente sans schéma, complexe et infini. Un labyrinthe parfois net, parfois perdu dans les ombres.
La lumière saisie sur le papier est agencée en 17 photographies. Il s’agit là de rendre compte d’un mouvement, d’une évolution. D’une structuration balbutiante donnée par le cristal, une forme émerge sans contour mais qui rend compte du chaos qui l’a traversée pour empreinter l’émulsion. Elle livre son univers, son interprétation sans contrainte. Alors elle se structure, s’harmonise, se concentre, devient concentrique pour libérer une nouvelle interprétation de son monde : fait de chaos, d’ombres, de plis et de recoins. Il devient possible de se rapprocher, …, encore, et de s’y perdre. Puis elle change, elle mute, évolue, redevient onde, s’extirpe et prend son apothéose métamorphique. De la brèche, ça tape, ça vibre, fracture, elle force ses limites. Et boum ! Explosion libératrice. Là voilà qui prend une nouvelle forme, courbes, vague noire lumineuse.